Archive for août, 2006

Alexandre Pineau, artiste peintre

alexandre-pineau.jpg

 

L’œuvre d’Alexandre Pineau se situe aux frontières d’une certaine forme de l’expressionisme et du populisme, tel qu’on le concevait dans les années 30. Sous les apparences d’une réalité tragique, il nous emmène au delà de l’œuvre peinte, derrière la toile, dans les « coulisses » et nous y fait découvrir la vérité. Une triste vérité où règnent à la fois la tendresse et la brutalité (ou l’indifférence) l’humour ou la douleur, l’exubérance ou la mélancolie ; tous ces sentiments contradictoires qui sont le lot des humbles, des « pas gâtés » par la vie.

Le peintre a su garder la fraîcheur de vision d’un naïf, servie par du métier. La fête foraine, le petit cirque sont les sujets fréquents de ses toiles. Les attitudes des personnages sont toutes naturelles, mais si bien mises en évidence, qu’elles paraissent poussées jusqu’à la caricature. Et quel humour dans certaines scènes, et quelle intuition du merveilleux et de la misère qui habille le cœur du « paillasse ». Sa peinture est surtout « un moyen de raconter », un « art qui le dispense d’écrire ». On peut donc être aussi sensible au récit de Pineau à travers sa peinture qu’à la peinture elle-même.

Il nous raconte les gens des cirques ambulants, les bohémiens, les musiciens de l’orphéon, il le fait avec assez de modestie pour que nous n’éprouvions pas le besoin d’aller au delà de ce récit, avec une suffisante fraternelle sympathie envers ses personnages pour que nous  puissions nous laisser simplement émouvoir par eux, par leurs gestes, par leurs visages et par les humbles décors et les objets sans richesse de leur existence.

Il peint le petit peuple de la banlieue, le monde des gens du voyage, ceux qui partent on ne sait où, mais arrivent quelque part sans doute, dans un endroit misérable peut être, mais où ils vont semer la joie, le rire, chez leurs frères, les petites gens des « fortifs » où ils s’arrêtent. Tout cela pourrait sembler dérisoire, miséreux, voire sordide. Il n’en est rien, le couple d’amoureux qui passe, le chien qui suit en frétillant de la queue, l’home qui pousse la carriole sous la pluie, le clown musicien qui ne peut être que triste, tous ceux là sont campés avec simplicité. Ils sont pleins d’allures dans leur modestie. Il aime aussi les courses arrière –moto, le Strasbourg-Paris, les courses de chevaux. La peinture de Pineau, c’est encore une parcelle de ce Paris insolite que l’on ne connaît plus que par les livres ou le cinéma.

Son œuvre est donc particulièrement émouvante, mais elle ne doit pas son charme uniquement à sa poignante poésie. Alexandre Pineau est un assembleur de tons délicats et, à côté de quelques couleurs vives chante le jeu varié des gris. Les couleurs de Pineau sont nettes, sa composition claire et optimiste malgré la misère ou la pauvreté des personnages et des décors. Tachées souvent de couleurs presque acides sous des ciels ténébreux et lourds de nuages –les gris sont raffinés et leurs nuances subtiles –toutes ses toiles sont empreintes de poésie, d’humour aussi.

Populiste, Alexandre Pineau le fut dès le premier jour où ce mouvement de la pensée prit forme et que résumait ainsi le peintre Truchet dans la préface du premier Salon Populiste en 1932 : « Nous allons vers ce qui est humain, ce qui vit, ce qui souffre ». On conçoit donc aisément qu’Alexandre Pineau,  poussé par sa générosité instinctive,  devait apporter sa pierre à cet édifice nouveau.

 

Add comment août 26th, 2006

Alexandre Pineau et la roue de la fortune.

Avant d’être un jeu télévisé à succès, la roue de la fortune est un thème qui a traversé les âges pour évoquer la bonne ou la mauvaise fortune, la chance ou la malchance, le destin, la vie avec ses bons et ses mauvais moments. Alexandre Pineau était très sensible à la succession des bons et des mauvais coups du sort, des hauts et des bas de la vie jusqu’au moment ultime de la mort. Balzac écrivait sur les « Splendeurs et misères des courtisanes », les «  Illusions perdues », Alexandre Pineau les peignait. Il s’intéressait à la comédie humaine avec une pointe d’ironie, de l’humour mais aussi une certaine bienveillance.

Dans la plupart des œuvres du peintre, le thème de la roue associé à un moment heureux ou malheureux de la vie apparaît comme une évidence. La vie se déroule comme une succession de choix, le mouvement apporte la nouveauté et la répétition.

Le manège tourne sur lui-même avec les enfants, les chevaux ou le clown. La nostalgie des jeunes années n’est pas loin. Le  moulin rose du divertissement accompagne le vent de la mode mais ne bouge pas et le violoniste, l’artiste, est bien seul. Les carrioles et les charrettes dont les roues permettent de parcourir une partie du chemin de la vie à travers les activités du quotidien sont légion. Il faut se résoudre aux difficultés de chaque jour.

Les cyclistes traversent les campagnes pour remporter une victoire ou subir une défaite, un train ramène les vainqueurs de la guerre. La fanfare avec ses instruments aux pavillons circulaires rythme les fêtes.  Après son entraînement dans le manège, le cheval de course fait et défait les fortunes des parieurs. Se battre, gagner ou perdre mais avancer malgré les obstacles c’est le quotidien de chacun avec plus ou moins de succès, plus ou moins de bruit, de publicité.

Le cirque et sa piste ronde voient passer les jongleurs et autres artistes au nez rouge dont les voyages sur les routes ne permettent pas de faire fortune. Le guéridon ou la table ronde accueillent des objets symboliques, réunissent des personnages aux prises avec le destin. Un halo lumineux éclaire la scène du billard, encore un jeu, une compétition. Les épées du duel symbolisent la confrontation de deux destins. La vie est décidément un combat. Le corbillard souligne le terme du parcours individuel, de la fortune personnelle.

Alexandre Pineau savait certainement apprécier les moments de bonheur en ayant toujours un œil sur les revers de fortune et il avait compris que pour chaque être humain la roue tourne avec le temps qui passe. Grâce à la roue, au cercle, il exprimait cette succession de moments qui semblent se répéter à travers les existences humaines avec un sens de la distance mais aussi une certaine compassion.

Christophe Pavie

Add comment août 21st, 2006


Calendrier

août 2006
L Ma Me J V S D
    sept »
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

Par Mois

Par Catégorie