alexandre-pineau.jpgL’œuvre d’Alexandre Pineau se situe aux frontières d’une certaine forme de l’expressionisme et du populisme, tel qu’on le concevait dans les années 30. Sous les apparences d’une réalité tragique, il nous emmène au delà de l’œuvre peinte, derrière la toile, dans les « coulisses » et nous y fait découvrir la vérité. Une triste vérité où règnent à la fois la tendresse et la brutalité (ou l’indifférence) l’humour ou la douleur, l’exubérance ou la mélancolie ; tous ces sentiments contradictoires qui sont le lot des humbles, des « pas gâtés » par la vie.

Le peintre a su garder la fraîcheur de vision d’un naïf, servie par du métier. La fête foraine, le petit cirque sont les sujets fréquents de ses toiles. Les attitudes des personnages sont toutes naturelles, mais si bien mises en évidence, qu’elles paraissent poussées jusqu’à la caricature. Et quel humour dans certaines scènes, et quelle intuition du merveilleux et de la misère qui habille le cœur du « paillasse ». Sa peinture est surtout « un moyen de raconter », un « art qui le dispense d’écrire ». On peut donc être aussi sensible au récit de Pineau à travers sa peinture qu’à la peinture elle-même.

Il nous raconte les gens des cirques ambulants, les bohémiens, les musiciens de l’orphéon, il le fait avec assez de modestie pour que nous n’éprouvions pas le besoin d’aller au delà de ce récit, avec une suffisante fraternelle sympathie envers ses personnages pour que nous puissions nous laisser simplement émouvoir par eux, par leurs gestes, par leurs visages et par les humbles décors et les objets sans richesse de leur existence.

Il peint le petit peuple de la banlieue, le monde des gens du voyage, ceux qui partent on ne sait où, mais arrivent quelque part sans doute, dans un endroit misérable peut être, mais où ils vont semer la joie, le rire, chez leurs frères, les petites gens des « fortifs » où ils s’arrêtent. Tout cela pourrait sembler dérisoire, miséreux, voire sordide. Il n’en est rien, le couple d’amoureux qui passe, le chien qui suit en frétillant de la queue, l’home qui pousse la carriole sous la pluie, le clown musicien qui ne peut être que triste, tous ceux là sont campés avec simplicité. Ils sont pleins d’allures dans leur modestie. Il aime aussi les courses arrière –moto, le Strasbourg-Paris, les courses de chevaux. La peinture de Pineau, c’est encore une parcelle de ce Paris insolite que l’on ne connaît plus que par les livres ou le cinéma.

Son œuvre est donc particulièrement émouvante, mais elle ne doit pas son charme uniquement à sa poignante poésie. Alexandre Pineau est un assembleur de tons délicats et, à côté de quelques couleurs vives chante le jeu varié des gris. Les couleurs de Pineau sont nettes, sa composition claire et optimiste malgré la misère ou la pauvreté des personnages et des décors. Tachées souvent de couleurs presque acides sous des ciels ténébreux et lourds de nuages –les gris sont raffinés et leurs nuances subtiles –toutes ses toiles sont empreintes de poésie, d’humour aussi.

Populiste, Alexandre Pineau le fut dès le premier jour où ce mouvement de la pensée prit forme et que résumait ainsi le peintre Truchet dans la préface du premier Salon Populiste en 1932: « Nous allons vers ce qui est humain, ce qui vit, ce qui souffre ». On conçoit donc aisément qu’Alexandre Pineau, poussé par sa générosité instinctive, devait apporter sa pierre à cet édifice nouveau.

Alexandre Pineau, Painter
August 26, 2006
Alexandre Pineau’s work is on the dividing line between expressionism and populism, as they were perceived in the thirties. Under the guise of tragic realism, he takes us beyond the work of art, behind the painting, “offstage”, and shows us the actual truth. A gloomy reality marked by tenderness and brutality (even indifference), humour and pain, exuberance and melancholy; a host of contradictory emotions that are the everyday lot of humble people, those who have been spoiled by life.
The artist has kept his fresh naïve perspective, but obviously masters his craft. He frequently pictures carnivals, small circuses. His characters’ attitudes are always natural, but so well portrayed that they seem almost caricatured. And he brings such humour to his scenes, such insight into the wonders and miseries that make up a clown’s life. Above all, his painting is “a way to tell stories”, an “art that saves him from writing”. The stories Pineau tells through his paintings are as fascinating as the paintings themselves.
He talks about artists in travelling circuses, bohemians, band musicians, and he does it with enough humility that we feel no need to go beyond the story, with enough brotherly sympathy for his characters that we are simply touched by them, by their gestures, their faces, their humble background and the simple objects that fill their existence.
He paints the people from the suburbs, the world of travelling entertainers, those who go God knows where, but eventually end up somewhere, often in dismal places, but still spread joy and laughter among their brothers, the modest people of “fortif”, around Paris, where they pitch their tent. This could all seem pitiful, down-and-out or even sordid. But it is not. The lovers walking by, the dog following them, wagging his tail, the man pushing his cart under the rain, the clown who can’t help but be sad, are all pictured with utmost simplicity. They have a definite elegance in their modesty. He is also fond of races, motorcycle races, the Strasbourg-Paris race walk, horse racing. Pineau’s art discloses a fragment of this unusual Paris that we know only through books or movies.
His work is particularly moving, but its charm does not stem simply from its harrowing poetry. Alexandre Pineau is a master at blending delicate hues with a few bright touches, over unlimited shades of grey. Pineau’s colours are clear; his compositions are bright and cheerful despite the misery or the poverty of his characters and his decors. Often highlighted by almost acid colours under dark cloud-laden skies – his greys are refined and their shades are subtle – all his paintings are tinged with poetry and a certain humour.
Alexandre Pineau could be called populist from the very onset of this new thought movement, summarized by painter Truchet in the foreword of the first Salon Populiste in 1932: “The new trend is to portray what is human, living, suffering”. It is therefore easy to understand that Alexandre Pineau, moved by his instinctive generosity, simply had to take part in this new movement.