Alexandre Pineau

Artiste Peintre (1893-1970)

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Regard d’enfant

16 Novembre 2008

L’œuvre d’Alexandre Pineau est imprégnée, débordante de son désir d’être père, de construire une famille avec des enfants. Nous savons, grâce à sa biographie, qu’il a perdu sa première femme et un jeune enfant. Remarié, il n’en n’aura pas d’autre. Le landau passe, roule, d’une œuvre à l’autre, c’est un élément récurrent qui se glisse discrètement dans le décor, qui passe pratiquement inaperçu. On le trouve presque dans une toile sur cinq, parfois comme une ébauche mais aussi souvent accompagné, à quelques pas, d’un ou deux enfants.

Ces enfants, justement, ils sont souvent présentés par deux, en bleu, en rouge ou rose pour signifier le petit garçon et la petite fille. L’archétype de la famille idéale. Ce sont les témoins de la vie qui défile devant leurs yeux : au café, à la gare, sur un chemin et bien entendu sur la place du village en particulier le jour où le cirque prend ses quartiers. Regardez comme ils observent le jongleur, le musicien ou encore le manège. C’est le regard sur la vie de cet enfant de sept ans qu’il a été et qu’il veut peut-être encore un peu rester, lauréat du concours de la Ville de Paris à l’Exposition Universelle.

Le cirque c’est aussi une famille et le lieu où les enfants peuvent sourire, rire et crier dans une atmosphère joyeuse. Ils donnent des couleurs à la toile, ils symbolisent aussi la découverte du monde. Un point de vue différent, une distance nécessaire pour passer les épreuves qui jalonnent tout parcours individuel ou collectif.

Alexandre Pineau a engendré une œuvre, il a également construit et fait vivre une famille dans ses toiles avec les scènes de la vie parisienne, de la vie de campagne ou encore de la vie privée comme Balzac dans ses romans.

Christophe Pavie – Auteur aux puf

Through the eyes of a child

November 16, 2008

Alexandre Pineau’s work is permeated by his dreams of fatherhood, his desire to start a family and have children. According to his biography, he lost his first wife and a young child. He remarried, but did not have other children. Throughout his work, he regularly pictures a baby carriage, rolling by discreetly, almost unnoticed. You can see a carriage in nearly one out of five paintings, sometimes as a mere outline, but often escorted by one or two children, a few steps away.

Children are often pictured in pairs, dressed in blue, red or pink, representing a little boy and a little girl, the epitome of the perfect family. They witness life going by before their eyes: in a café, at the train station, on the road and in the village square, especially on the day the circus sets up its tent. See how they observe the juggler, the musician or the amusement ride. This is how he saw life as a 7-year old, when he won the City of Paris competition of drawings for the Universal Exhibition, and this is the outlook he wishes to maintain on life.

The circus is also a big family and the place where children can smile, laugh and scream in a joyful environment. Children add colour to the painting, they symbolize discovering the world. They bring a different perspective, the detachment required to overcome the obstacles that line any individual or collective journey.
Alexandre Pineau created a work of art, but he also gave birth to a family and portrayed its daily life in Paris, in the countryside or at home, just as Balzac did in his novels.

Christophe Pavie, PUF writer

Alexandre Pineau, artiste peintre

alexandre-pineau.jpgL’œuvre d’Alexandre Pineau se situe aux frontières d’une certaine forme de l’expressionisme et du populisme, tel qu’on le concevait dans les années 30. Sous les apparences d’une réalité tragique, il nous emmène au delà de l’œuvre peinte, derrière la toile, dans les « coulisses » et nous y fait découvrir la vérité. Une triste vérité où règnent à la fois la tendresse et la brutalité (ou l’indifférence) l’humour ou la douleur, l’exubérance ou la mélancolie ; tous ces sentiments contradictoires qui sont le lot des humbles, des « pas gâtés » par la vie.

Le peintre a su garder la fraîcheur de vision d’un naïf, servie par du métier. La fête foraine, le petit cirque sont les sujets fréquents de ses toiles. Les attitudes des personnages sont toutes naturelles, mais si bien mises en évidence, qu’elles paraissent poussées jusqu’à la caricature. Et quel humour dans certaines scènes, et quelle intuition du merveilleux et de la misère qui habille le cœur du « paillasse ». Sa peinture est surtout « un moyen de raconter », un « art qui le dispense d’écrire ». On peut donc être aussi sensible au récit de Pineau à travers sa peinture qu’à la peinture elle-même.

Il nous raconte les gens des cirques ambulants, les bohémiens, les musiciens de l’orphéon, il le fait avec assez de modestie pour que nous n’éprouvions pas le besoin d’aller au delà de ce récit, avec une suffisante fraternelle sympathie envers ses personnages pour que nous puissions nous laisser simplement émouvoir par eux, par leurs gestes, par leurs visages et par les humbles décors et les objets sans richesse de leur existence.

Il peint le petit peuple de la banlieue, le monde des gens du voyage, ceux qui partent on ne sait où, mais arrivent quelque part sans doute, dans un endroit misérable peut être, mais où ils vont semer la joie, le rire, chez leurs frères, les petites gens des « fortifs » où ils s’arrêtent. Tout cela pourrait sembler dérisoire, miséreux, voire sordide. Il n’en est rien, le couple d’amoureux qui passe, le chien qui suit en frétillant de la queue, l’home qui pousse la carriole sous la pluie, le clown musicien qui ne peut être que triste, tous ceux là sont campés avec simplicité. Ils sont pleins d’allures dans leur modestie. Il aime aussi les courses arrière –moto, le Strasbourg-Paris, les courses de chevaux. La peinture de Pineau, c’est encore une parcelle de ce Paris insolite que l’on ne connaît plus que par les livres ou le cinéma.

Son œuvre est donc particulièrement émouvante, mais elle ne doit pas son charme uniquement à sa poignante poésie. Alexandre Pineau est un assembleur de tons délicats et, à côté de quelques couleurs vives chante le jeu varié des gris. Les couleurs de Pineau sont nettes, sa composition claire et optimiste malgré la misère ou la pauvreté des personnages et des décors. Tachées souvent de couleurs presque acides sous des ciels ténébreux et lourds de nuages –les gris sont raffinés et leurs nuances subtiles –toutes ses toiles sont empreintes de poésie, d’humour aussi.

Populiste, Alexandre Pineau le fut dès le premier jour où ce mouvement de la pensée prit forme et que résumait ainsi le peintre Truchet dans la préface du premier Salon Populiste en 1932: « Nous allons vers ce qui est humain, ce qui vit, ce qui souffre ». On conçoit donc aisément qu’Alexandre Pineau, poussé par sa générosité instinctive, devait apporter sa pierre à cet édifice nouveau.

Alexandre Pineau, Painter
August 26, 2006
Alexandre Pineau’s work is on the dividing line between expressionism and populism, as they were perceived in the thirties. Under the guise of tragic realism, he takes us beyond the work of art, behind the painting, “offstage”, and shows us the actual truth. A gloomy reality marked by tenderness and brutality (even indifference), humour and pain, exuberance and melancholy; a host of contradictory emotions that are the everyday lot of humble people, those who have been spoiled by life.
The artist has kept his fresh naïve perspective, but obviously masters his craft. He frequently pictures carnivals, small circuses. His characters’ attitudes are always natural, but so well portrayed that they seem almost caricatured. And he brings such humour to his scenes, such insight into the wonders and miseries that make up a clown’s life. Above all, his painting is “a way to tell stories”, an “art that saves him from writing”. The stories Pineau tells through his paintings are as fascinating as the paintings themselves.
He talks about artists in travelling circuses, bohemians, band musicians, and he does it with enough humility that we feel no need to go beyond the story, with enough brotherly sympathy for his characters that we are simply touched by them, by their gestures, their faces, their humble background and the simple objects that fill their existence.
He paints the people from the suburbs, the world of travelling entertainers, those who go God knows where, but eventually end up somewhere, often in dismal places, but still spread joy and laughter among their brothers, the modest people of “fortif”, around Paris, where they pitch their tent. This could all seem pitiful, down-and-out or even sordid. But it is not. The lovers walking by, the dog following them, wagging his tail, the man pushing his cart under the rain, the clown who can’t help but be sad, are all pictured with utmost simplicity. They have a definite elegance in their modesty. He is also fond of races, motorcycle races, the Strasbourg-Paris race walk, horse racing. Pineau’s art discloses a fragment of this unusual Paris that we know only through books or movies.
His work is particularly moving, but its charm does not stem simply from its harrowing poetry. Alexandre Pineau is a master at blending delicate hues with a few bright touches, over unlimited shades of grey. Pineau’s colours are clear; his compositions are bright and cheerful despite the misery or the poverty of his characters and his decors. Often highlighted by almost acid colours under dark cloud-laden skies – his greys are refined and their shades are subtle – all his paintings are tinged with poetry and a certain humour.
Alexandre Pineau could be called populist from the very onset of this new thought movement, summarized by painter Truchet in the foreword of the first Salon Populiste in 1932: “The new trend is to portray what is human, living, suffering”. It is therefore easy to understand that Alexandre Pineau, moved by his instinctive generosity, simply had to take part in this new movement.

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