Avant d’être un jeu télévisé à succès, la roue de la fortune est un thème qui a traversé les âges pour évoquer la bonne ou la mauvaise fortune, la chance ou la malchance, le destin, la vie avec ses bons et ses mauvais moments. Alexandre Pineau était très sensible à la succession des bons et des mauvais coups du sort, des hauts et des bas de la vie jusqu’au moment ultime de la mort. Balzac écrivait sur les « Splendeurs et misères des courtisanes », les «Illusions perdues », Alexandre Pineau les peignait. Il s’intéressait à la comédie humaine avec une pointe d’ironie, de l’humour mais aussi une certaine bienveillance.

Dans la plupart des œuvres du peintre, le thème de la roue associé à un moment heureux ou malheureux de la vie apparaît comme une évidence. La vie se déroule comme une succession de choix, le mouvement apporte la nouveauté et la répétition.

Le manège tourne sur lui-même avec les enfants, les chevaux ou le clown. La nostalgie des jeunes années n’est pas loin. Le moulin rose du divertissement accompagne le vent de la mode mais ne bouge pas et le violoniste, l’artiste, est bien seul. Les carrioles et les charrettes dont les roues permettent de parcourir une partie du chemin de la vie à travers les activités du quotidien sont légion. Il faut se résoudre aux difficultés de chaque jour.

Les cyclistes traversent les campagnes pour remporter une victoire ou subir une défaite, un train ramène les vainqueurs de la guerre. La fanfare avec ses instruments aux pavillons circulaires rythme les fêtes. Après son entraînement dans le manège, le cheval de course fait et défait les fortunes des parieurs. Se battre, gagner ou perdre mais avancer malgré les obstacles c’est le quotidien de chacun avec plus ou moins de succès, plus ou moins de bruit, de publicité.

Le cirque et sa piste ronde voient passer les jongleurs et autres artistes au nez rouge dont les voyages sur les routes ne permettent pas de faire fortune. Le guéridon ou la table ronde accueillent des objets symboliques, réunissent des personnages aux prises avec le destin. Un halo lumineux éclaire la scène du billard, encore un jeu, une compétition. Les épées du duel symbolisent la confrontation de deux destins. La vie est décidément un combat. Le corbillard souligne le terme du parcours individuel, de la fortune personnelle.

Alexandre Pineau savait certainement apprécier les moments de bonheur en ayant toujours un œil sur les revers de fortune et il avait compris que pour chaque être humain la roue tourne avec le temps qui passe. Grâce à la roue, au cercle, il exprimait cette succession de moments qui semblent se répéter à travers les existences humaines avec un sens de la distance mais aussi une certaine compassion.

Christophe PavieAlexandre Pineau and the wheel of fortune
August 21, 2006
Before being a popular television game show, the wheel of fortune was a theme that outlived the ages to suggest good fortune or misfortune, luck or hardship, destiny, happy or sad days. Alexandre Pineau was very sensitive to the succession of blows dealt by fate, of life’s ups and downs, right until the moment of death. While Balzac wrote about “The Splendours and Miseries of Courtesans” and “Lost Illusions”, Alexandre Pineau portrayed them. He studied human comedy with a bit of irony, some humour, but also with undeniable compassion.
In most of the artist’s works, the wheel theme is associated with a happy or sad moment of life. Life goes on as a succession of choices, movement brings about novelty and repetition.
The carousel spins round and round, carrying children, horses and clowns. We long for our lost youth. The pink windmill of entertainment turns with the wind of fashion, but it doesn’t move. The violinist and the artist are very lonely. The wheels on sleighs and carts lead us through life and our day to day activities. Every day, we must tackle difficulties.
Bicyclists ride through the countryside to win or lose; trains bring winners back home from the war. Bands add a festive mood with their circular-bell instruments. After warming up in the ring, racing horses make or break bettors’ fortunes. Fight, win or lose, but keep on going despite barriers, this is what we all do, more or less successfully, with more or less noise or public attention.
Jugglers and other red-nosed artists circle the circus ring but don’t make a fortune touring the roads. Symbolic objects are displayed on pedestals and round tables, featuring characters grappling with their destiny. A soft halo lights up the pool table: another game, another competition. The duel swords symbolize the confrontation of two destinies. Life is definitely a struggle. The hearse suggests the end of an individual’s journey, of his personal fate.
Alexandre Pineau certainly knew how to make the most of each and every happy moment by always keeping an eye on setbacks and he understood that the wheel turns for all human beings with the passing of time. With the wheel, the circle, he pictured this succession of moments that seem to repeat themselves throughout human life with some detachment, but also with a definite compassion.
Christophe Pavie